A Bordeaux, « la situation s’est considérablement dégradée depuis deux ans »

Rodéo a recueilli le témoignage d’un policier municipal, qui déplore de ne plus pouvoir intervenir aux Aubiers, en proie à une insécurité explosive.

Bertrand* a effectué toute sa carrière à Bordeaux, d’abord au sein de la police nationale, puis en tant que policier municipal, depuis sept ans. Au plus près du terrain, le fonctionnaire est aux premières loges pour voir l’évolution de « la situation », qui s’est selon lui « considérablement dégradée depuis deux ans ». Sur le drame des Aubiers, qui au tout début de l’année, a coûté la vie à Lionel, un jeune homme de 16 ans, victime d’un règlement de compte, Bertrand ne se dit malheureusement pas étonné. « C’est surprenant que ça n’ait pas pété plus tôt. Ce n’est pas Marseille, car les cités sont plus petites, mais la délinquance a toujours été là, aujourd’hui elle est plus visible », confie le policier, qui, depuis plusieurs mois, a reçu pour consigne de ne plus se rendre, la nuit, dans le secteur du Grand Parc et des Aubiers. « Avant, on pouvait y intervenir, mais plus maintenant, et à juste titre. Nous ne sommes pas équipés » déplore le fonctionnaire. Lors de la fusillade meurtrière du 2 janvier, les policiers de la Brigade anti criminalité (Bac), déjà sur place, nous avaient confié avoir attendu plusieurs équipages en renfort, avant de pouvoir intervenir. Les guet-apens contre les forces de l’ordre, à l’image de celui survenu le 30 décembre, se sont en effet multipliés, ces derniers mois.

« Lorsque j’étais sur le terrain, de nuit, on voyait des bagarres à coups de couteau dès 2015-2016 »

Bertrand, agent de police municipale

« Mais on n’en parlait pas, il y avait une certaine omerta journalistique » regrette-t-il. Pour lui, la dégradation du climat sécuritaire est bien comprise des bordelais. « Il y a quelques années, j’étais surpris de voir le nombre de jeunes filles se balader tard sans avoir peur, ce que je constate moins maintenant. Les gens se déplacent moins seuls et plus en groupe, car le sentiment d’insécurité est plus fort ».

L’agent de police municipale, agressé par un cambrioleur il y a quelques semaines, ne se dit désormais plus opposé au port d’arme létale, qu’il considère comme une sécurité et un moyen de dissuasion supplémentaire. « Je n’y étais pas forcément favorable avant, mais depuis environ deux ans, je pense que c’est nécessaire ». Si le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, a fermé la porte à cette proposition, formulée il y a plusieurs mois, durant la campagne des élections municipales, Bertrand se sent malgré tout mieux considéré aujourd’hui, et en profite pour tacler la majorité précédente. « Amine Smihi (adjoint à la sécurité et à la tranquillité publique, ndlr) est quelqu’un d’honnête, qui s’investit énormément, et comprend nos problèmes. Alors que Jean-Louis David (son prédécesseur, ndlr), on ne le voyait jamais, et quand on le voyait, il ne nous regardait même pas ».

Après des décennies de terrain, notamment sur le secteur Bordeaux-Maritime, le diagnostic de Bertrand est sans appel :

« Il ne faut surement pas abandonner ces territoires. On y a fermé les administrations, et parqué les vagues d’immigration loin des regards, noyées à coups de subventions pour acheter la paix sociale. La politique est entièrement à revoir ».

*Le prénom a été changé

Crédit photo: Le quartier des Aubiers, à Bordeaux – ©Wikimedia Commons

Violences à Pessac: le maire va armer sa police municipale

Le maire de Pessac, Frank Raynal, a annoncé, ce mercredi 13 janvier, que sa police municipale serait bientôt armée. Renforcement de la vidéoprotection, création d’un centre de supervision urbain, déploiement de la Brigade anti-criminalité sur la commune, d’une unité cynophile et d’une spécialisée dans le traitement des affaires de stupéfiants, création d’un poste de police municipal et de six ilotiers… Une batterie de mesure a été dévoilée par l’édile, à l’issue du CLSPD (Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance), auquel étaient conviés de nombreux acteurs locaux, comme la Procureure de la République, Frédérique Porterie, et la directrice de cabinet de la préfète, Delphine Basa.

Sur le volet de la prévention, deux créations de postes de médiateurs de quartier ont aussi été actées, comme l’aménagement d’un nouvel espace dédié aux jeunes, par le bailleur DomoFrance, aussi convié à la réunion.

Ces dernières semaines, la commune était en proie à des violences urbaines inédites, comme lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, où plusieurs véhicules, dont un de la police municipale, ont été incendiés, dans le quartier de la Châtaigneraie.

Sécurité à Bordeaux: Pierre Hurmic va nommer une adjointe à « l’égalité des chances »

Interrogé lors de la présentation de ses vœux devant la presse, ce jeudi matin, le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, a annoncé la création d’un poste d’adjointe, pour le moment intitulé « à l’égalité des chances », pour les quartiers Aubiers, Chantecrit, Grand Parc et Saint-Michel, notamment. Occupé par Véronique Seyral, aujourd’hui conseillère municipale et principale du collège Édouard Vaillant, ce poste sera introduit officiellement lors du prochain conseil municipal, le 26 janvier. Sans en préciser davantage les missions, Pierre Hurmic a déclaré que cette nouvelle fonction serait dédiée à l’amélioration de la « politique de la ville » dans ces quartiers prioritaires.

« Bordeaux est endeuillée et blessée », a déclaré le maire de Bordeaux, qui s’est rendu la semaine dernière auprès de la famille de Lionel, ce jeune de 16 ans assassiné lors d’une fusillade aux Aubiers, où « les services publics ne sont plus assurés », a admis Bernard Louis Blanc, adjoint à l’urbanisme.

Pierre Hurmic a également évoqué un « nouveau modèle d’urbanisme », destiné à une « plus grande mixité sociale », dans le quartier des Aubiers. La ville de Bordeaux devrait aussi concourir au « Label cité éducative » et au « territoire zéro chômeur de longue durée » sur ce quartier.

Sur le volet du recrutement, au sein de la police municipale, principal levier mis en avant par la municipalité pour enrayer la montée de l’insécurité, une dizaine d’agents supplémentaires devraient être recrutés chaque année, a affirmé Amine Smihi, adjoint à la sécurité et à la tranquilité publique.

(Crédit Photo Guillaume Bonnaud)