Insécurité : le match Bordeaux – Marseille

S’il est un ultime record auquel les Ultras Bordelais peuvent encore s’accrocher, c’est cette bonne vieille invincibilité à domicile face au rival marseillais : 42 ans sans défaite en terre Girondine ! Mais il est un domaine dans lequel, jusqu’à présent, nos meilleurs ennemis demeurent imbattables : les investissements en matière de sécurité. A effectifs comparables, en 2018, la cité phocéenne déboursait 193 euros par habitant, quand Bordeaux n’en déboursait que 31, et les autres métropoles, 72 en moyenne. « L’enveloppe globale de sécurité a, quant à elle, diminué de près de 10 % » entre 2014 et 2018, nous apprend l’institut Montaigne, relevant quand même une augmentation de 20% des effectifs de la police municipale. A la décharge de l’ancienne équipe, les efforts entrepris jusqu’en 2020 ne sont pas compris. Mais le bilan reste édifiant : entre 2012 et 2019, le commissariat central de Bordeaux a enregistré +30% de délinquance générale et +200% de viols et d’agressions sexuelles. Ce ne sont là, bien sûr, que les faits déclarés. Une spectaculaire remontada que n’avait pas vu venir Fabien Robert qui déclarait il y a peu à Rodéo : « Oui, l’insécurité a progressé mais Bordeaux n’est pas Chicago, n’est pas Toulouse et n’est évidement pas Marseille ». Hélas pour l’ancien maire adjoint, une ultime statistique vient le contredire : on relève à Marseille 242 incivilités pour 10.000 habitants, contre 313 à Bordeaux ! Alors que le score national, pour les villes de taille comparable, culmine à 278. Espérons qu’en la matière, l’invincibilité girondine soit de courte durée.

Bourgogne : le tombeau du vivre ensemble (Partie 1)

C’est l’histoire d’un pourrissement, d’une dégradation lente, inexorable. L’histoire d’un quartier défiguré par des années d’aveuglement, de déni, de renoncement; un quartier abandonné aux violences quotidiennes, qu’elles soient verbales, physiques, morales; un territoire perdu de la République, en plein coeur de Bordeaux, en 2020.

Dimanche 25 octobre, Place Bir-Hakeim, vers 11 heures. Une vieille dame au volant d’une petite auto rouge délavée refuse la priorité au tramway. C’est le choc, inévitable. Après l’impact, le véhicule va s’encastrer dans le mobilier urbain. Les soixante-dix passagers du tram sont secoués, mais aucun n’est blessé. Le chauffeur est touché au dos, sans gravité. Dehors, des témoins parviennent à extraire les victimes du véhicule et leur prodiguent les premiers soins. La passagère de 71 ans n’est que légèrement blessée. En revanche, la conductrice de 86 ans, dans un état critique, décèdera quelques heures plus tard. Un accident tragique, certes, mais terriblement banal. Pas de quoi faire la une de Rodéo. À un détail près, qui reteint immédiatement notre attention… et celle de la presse nationale ! Une anecdote sordide qui fit de ce fait-divers un évènement dont tous les Bordelais, même les plus confinés, ont entendu parler. Car tandis que des passants s’évertuaient à maintenir la conductrice en vie, trois jeunes ont profité de la confusion pour se rapprocher du véhicule et dérober les effets personnels des deux mamies. On parle d’une carte bleue, au moins, sans doute guère plus. Mais cet acte a agi comme un révélateur. Vu de Paris, on s’étonne de cette soudaine flambée de délinquance dans une ville réputée « paisible ». Mais vu de la fenêtre des habitants du quartier, rien de surprenant à ce que cet évènement ait eu lieu précisément ici, au pied de la Porte de Bourgogne. En une petite décennie, l’endroit est devenu ce théâtre d’ombres où crimes et délits s’invitent quotidiennement à l’affiche. Comment en est-on arrivé là ? Et qui sont ces pillards sans scrupule qui ont dépouillé une mourante ?

LA VITRINE BRISÉE DU VIVRE ENSEMBLE

L’image d’Épinal a vécu mais fait encore les beaux jours des guides touristiques sans inspiration : en franchissant cette majestueuse Porte dite de Bourgogne (en hommage au Duc), on pénètre dans le Bordeaux « multiculturel et populaire », « lien entre l’Orient et l’Occident ». Une carte postale que les Bordelais, souvent vexés d’être caricaturés en petits bourgeois, aiment agiter comme un brevet d’ouverture et de tolérance. Mais la photo, si belle autrefois, a été déchirée par une décennie de lâchetés, de silences et de compromissions. Car sous cette porte, qui traversa sans encombre la Révolution, qui vit Napoléon parader et les troupes Allemandes patrouiller, la situation réclame désormais des mesures d’urgences. Bien entendu, vous trouverez toujours des voix pour dire que le quartier a toujours été comme ça, qu’il y a toujours eu quelques dealers, que cela fait partie du charme du quartier… Ou, comme nous l’a déclaré Fabien Robert, maire adjoint de Saint-Michel de 2008 à 2014 : « Bordeaux n’est pas Chicago ! ». Certes, la criminalité à Bourgogne n’est pas celle des ghettos américains. Mais pour les habitants, surexposés, le climat est devenu irrespirable.

L’hospitalité des Bordelais envers les étrangers est célèbre

– Arthur Schopenhauer, 1806

Bourgogne a toujours été un lieu de passage et de mixité qui, pour n’évoquer que le XXe siècle, a vu s’installer les Espagnols à partir de l’entre-deux guerres, les Algériens dans les années 50 (à l’époque, quelques rares agressions sont relatées par Sud-Ouest qui désigne « des malfaiteurs nord africains »). À partir des années 70, la France a besoin de bras : Portugais, Marocains et Turcs arrivent à leur tour. L’assimilation est à l’œuvre et le quartier devient la vitrine du vivre ensemble à la Bordelaise : des classes populaires d’origines diverses, souvent travailleuses, vivant en harmonie, épousant la France et partageant avec les autochtones un peu de leur culture et de leurs traditions. L’histoire était trop belle pour durer…

À suivre…

Les vols à la roulotte se multiplient à Bordeaux

« Et mec ! Elle est où ta caisse ? »
(A lire dans le numéro 2 de Rodéo)

Tristement banal, le phénomène des « vols à la roulotte » redouble de vigueur ces dernières semaines sur la métropole. Petite comptabilité, non exhaustive, réalisée par nos soins: dans la nuit du 10 au 11 octobre, à Blanquefort, huit véhicules sont fracturés par quatre mineurs, âgés de 14 à 17 ans. Nuit du 24 au 25 octobre: trois adolescents sont arrêtés pour avoir forcé deux voitures stationnées rue de l’Abattoir, quartier Saint-Jean. Même scénario place Paul et Jean-Paul Avisseau, aux Chartrons, le 31 octobre, sans que les auteurs du double méfait ne soient appréhendés. Le secteur souffre alors d’une véritable hémorragie: dans la nuit du 6 au 7 novembre, cinq véhicules rue Pourmann et une quinzaine, avenue Émile Counord, sont encore forcés. Deux mineurs sont incarcérés. Le 4 novembre, un bassiste dépité lance un appel: « Je me suis fait ouvrir ma bagnole dans un parking privé souterrain de la Victoire. Elle contenait ma guitare Baryton, une Eastwood Sidejack. Si quelqu’un voit ça sur Leboncoin ou quoi, merci de me faire signe. » Message transmis. Le 25 octobre, c’est un pillage en « live » qu’ont vécu deux malheureuses automobilistes – dont une a fini par décéder de ses blessures – après avoir percuté un tramway, place Bir-Hakeim. Dans le quartier Sainte-Croix, en particulier rue Jacques Ellul, souvent concernée, les derniers faits déclarés remontent au 29 novembre. Rarement volées, les voitures n’intéressent les pillards que pour leur contenu: téléphone portable, portefeuille, sac à main, autoradio etc. Selon une étude menée par la Gendarmerie nationale, en 2010, 35% de ces vols sont commis sur des voitures dont les portes ne sont pas verrouillées. Crochetage de serrure, technique du « pliage en portefeuille » de la portière ou explosion de vitres, tous les moyens sont bons. En mai dernier, un trio de jeunes était finalement arrêté, après une belle série: 45 vols et 47 dégradations de véhicules, sur tout le département, en quatre jours. La sentence, pour le seul majeur du groupe, était tout aussi extraordinaire: six mois de prison avec sursis. Si vous souhaitez éviter les tracas d’assurance ou la nausée à l’épreuve d’une justice permissive, mieux vaut rouler à vélo ! Ou pas: 2.600 plaintes sont déposées chaque année à Bordeaux pour vol de bicycles. Ça nous fera des pieds !

Dans la soirée, quatre femmes sont braquées à Talence et Villenave d’Ornon, sous la menace d’une arme. Agissant près des arrêts de tram, un duo dépouille ses victimes depuis un fourgon.
« Aucun geste de violence n’a été commis » tempère alors le journal de référence local. Les victimes apprécieront l’euphémisme.